EN BREF
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Dans un monde confrontĂ© Ă des dĂ©fis environnementaux sans prĂ©cĂ©dent, la jeunesse se lève avec dĂ©termination pour dĂ©fendre la planète. Les jeunes d’aujourd’hui, conscients de l’ampleur des changements climatiques et des injustices sociales, deviennent des acteurs essentiels du changement. Leur voix, portĂ©e par des mouvements tels que Fridays for Future et d’autres initiatives citoyennes, ne se limite pas seulement Ă des revendications mais incarne Ă©galement des actions concrètes. Alors que les gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes peinent Ă agir, cette nouvelle gĂ©nĂ©ration se rĂ©vèle comme un vĂ©ritable moteur d’engagement environnemental, conjuguant passion et innovation pour un avenir durable.

Engagement écologique des jeunes : un panorama diversifié
L’engagement des jeunes français envers l’environnement rĂ©vèle une rĂ©alitĂ© complexe, influencĂ©e par de nombreux facteurs comme le milieu social et les inĂ©galitĂ©s territoriales. De rĂ©centes Ă©tudes, telles que celles menĂ©es par l’association Makesense, soulignent que les jeunes âgĂ©s de 18 Ă 30 ans ne disposent pas tous des mĂŞmes opportunitĂ©s pour s’impliquer dans des initiatives Ă©cologiques. Par exemple, les jeunes issus de milieux plus dĂ©favorisĂ©s rencontrent souvent des obstacles pour accĂ©der Ă des organisations engagĂ©es, tandis que ceux vivant en milieu urbain peuvent trouver plus facilement des ressources et des soutiens.
Dans une session d’atelier organisĂ©e par Makesense, des jeunes de la Seine-Saint-Denis ont pu dialoguer sur les enjeux Ă©cologiques liĂ©s Ă l’alimentation, tout en partageant leurs origines culinaires uniques. Cet Ă©change illustre la manière dont ils intègrent la culture Ă leur engagement. Ce mouvement vers une prise de conscience collective et individuelle se manifeste Ă©galement par la volontĂ© d’agir Ă un niveau personnel. Bien que 83 % des jeunes estiment que les actions collectives ont plus d’impact, ils prĂ©fèrent souvent agir Ă titre individuel, influencĂ©s par des campagnes qui accentuent la responsabilitĂ© personnelle dans les dĂ©fis environnementaux. Ainsi, la jeunesse française se rĂ©vèle engagĂ©e et crĂ©ative, cherchant Ă faire bouger les lignes malgrĂ© les dĂ©fis socioculturels qu’elle rencontre.

Engagement des jeunes pour l’environnement : dĂ©fis et dynamiques
Un rĂ©cent rapport de l’association Makesense a Ă©clairĂ© le paysage de l’engagement Ă©cologique chez les jeunes français, rĂ©vĂ©lant que les disparitĂ©s sociales et territoriales influencent considĂ©rablement leur participation. Aujourd’hui, une majoritĂ© de jeunes, soit 80%, considère que l’engagement en faveur de l’environnement est un objectif non seulement dĂ©sirable, mais atteignable. Pourtant, 58% des sondĂ©s affirment que les opportunitĂ©s d’engagement varient en fonction du milieu socio-Ă©conomique. Par exemple, les jeunes issus de milieux plus aisĂ©s semblent bĂ©nĂ©ficier de rĂ©seaux et ressources qui leur permettent de s’engager plus facilement, alors que ceux des quartiers prioritaires ou des zones rurales se heurtent Ă des barrières d’accès. L’importance d’initiatives telles que le programme Transition Juste de Makesense est donc primordiale pour dĂ©velopper une prise de conscience collective et proposer des outils adaptĂ©s aux diverses rĂ©alitĂ©s des territoires.
Cette situation met en lumière la nĂ©cessitĂ© d’un accès Ă©quitable aux initiatives environnementales. De nombreux jeunes, comme l’indiquent plusieurs tĂ©moignages, souhaitent agir mais ne savent pas comment ou oĂą trouver de la documentation ou des associations. Il devient donc crucial que les organisations s’adaptent pour toucher ces populations difficiles d’accès, afin de ne laisser personne de cĂ´tĂ©. Par ailleurs, bien que 83% des jeunes reconnaissent que les actions collectives sont plus impactantes que les actions individuelles, la tendance reste vers des initiatives isolĂ©es, accentuĂ©es par la culture de la culpabilitĂ© individuelle et l’empreinte carbone. Cela pose un dĂ©fi que les mouvements collectifs doivent relever en dĂ©veloppant des stratĂ©gies qui rassemblent et unissent les diffĂ©rentes voix des jeunes, tout en tenant compte de la diversitĂ© de leurs expĂ©riences et de leurs origines.
En outre, des Ă©tudes ont montrĂ© que l’Ă©ducation Ă l’environnement est un facteur fondamental pour sensibiliser les jeunes aux enjeux climatiques. Des initiatives telles que les ressources en ligne pour un apprentissage climatique ou des activitĂ©s en plein air permettent de contextualiser les problĂ©matiques Ă©cologiques et d’attirer un public plus divers. Ces approches visent non seulement Ă Ă©duquer mais aussi Ă mobiliser, en intĂ©grant une approche plus inclusive dans le discours environnemental.
Les jeunes et leur engagement pour l’environnement
Observer les enjeux et les impacts
Dans un contexte oĂą la transition Ă©cologique devient une prioritĂ© globale, il est crucial de comprendre comment la jeunesse s’engage dans ce combat. Que ce soit Ă travers des initiatives locales ou des mouvements mondiaux, les jeunes s’illustrent par leur volontĂ© de faire bouger les lignes. Ces actions sont souvent influencĂ©es par leur milieu social et les inĂ©galitĂ©s qui persistent en matière d’accès Ă l’information et aux ressources. Par exemple, de nombreux jeunes de milieux dĂ©favorisĂ©s expriment des difficultĂ©s Ă trouver des associations ou des opportunitĂ©s pour s’engager activement.
Des ateliers organisĂ©s par des associations comme Makesense permettent Ă ces jeunes d’acquĂ©rir des outils et des connaissances nĂ©cessaires pour agir efficacement. Ă€ travers des activitĂ©s ludiques, ceux-ci peuvent explorer des thèmes variĂ©s allant de l’alimentation durable Ă la conservation de la biodiversitĂ©. Les discussions qui en dĂ©coulent enrichissent leur perspective et leur donnent confiance dans leur capacitĂ© Ă provoquer un changement positif.
- Éducation : Les jeunes doivent être mieux informés sur les enjeux écologiques afin de pouvoir participer activement à la discussion.
- Collectif : La création de groupes et de mouvements collectifs favorise un engagement partagé et plus impactant.
- Visibilité : Il est essentiel de donner une voix à la diversité des actions menées par les jeunes, au-delà des figures médiatisées.
- AccessibilitĂ© : Faciliter l’accès Ă des ressources et Ă des informations est primordial pour ceux issus de quartiers moins privilĂ©giĂ©s.
Chacune de ces dimensions joue un rĂ´le clĂ© dans le dĂ©veloppement d’une conscience Ă©cologique au sein de la jeunesse. Plus les jeunes sont armĂ©s d’informations et de ressources, plus ils peuvent s’impliquer de manière significative dans la lutte contre les crises environnementales actuelles.

L’association Makesense s’est penchĂ©e sur la manière dont les jeunes français âgĂ©s de 18 Ă 30 ans s’engagent pour l’environnement. Milieu social, inĂ©galitĂ©s territoriales et sociales, actions individuelles plutĂ´t que collectives… Ces diffĂ©rents facteurs montrent que les jeunes n’ont pas les mĂŞmes cartes en mains en ce qui concerne leur engagement Ă©cologique.
Du brouhaha se fait entendre dans l’une des salles du Centre culturel Guy-Toffoletti à Bagnolet. À l’intérieur, une quinzaine de jeunes venant de Seine-Saint-Denis sont réunis au chaud pour assister à un atelier de sensibilisation sur l’enjeu social et écologique de l’alimentation. Tous sont en service civique, certains accompagnent des personnes âgées dans le quotidien, d’autres font du soutien scolaire. Cette initiative est proposée par Makesense, une association créée en 2010 spécialisée dans l’engagement des citoyens. Cet atelier de sensibilisation est rattaché au programme Transition Juste proposé par Makesense consistant à accompagner des groupes de jeunes à mieux comprendre les enjeux de demain en leur donnant les outils pour prendre des initiatives et faire bouger les choses dans leurs quartiers.
Irène Colonna d’Istria, directrice du programme Transition Juste, et Talia Sarfati, chargée de la transition des organisations chez Makesense, animent l’atelier du jour. Elles leur demandent de choisir l’un de leur plat préféré, de le dessiner sur une feuille puis d’expliquer leur choix. Dans une ambiance joviale, les jeunes se chambrent par rapport à leurs dessins. Pour Christopher, originaire de Pologne, c’est le Bortsch, un plat typique de plusieurs pays slaves à base de betterave. « C’est un plat de chez moi que l’on mange souvent à Noël ! », confie le jeune homme de 22 ans. D’autres font découvrir des mets de leur pays d’origine comme le Saka Saka (Congo) ou encore les Accras de Morue (Guyane, Antilles).
Depuis qu’il a commencé les ateliers avec Makesense, Luka se sent plus concerné par l’écologique. « Au début, je n’y connaissais rien. Parmi mes potes, j’étais le seul à ne pas être “calé” par rapport à l’écologie, ils m’apprenaient plein de choses. Maintenant, quand je fais mes courses, je fais attention au niveau de mon alimentation, je prends des choses qui sont vraiment correctes avec l’environnement », explique le jeune homme de 17 ans.
Des jeunes toujours aussi engagés pour l’environnement malgré des inégalités sociales et territoriales
Allycia, assise près de Christopher et de Luka, écoute attentivement l’atelier mené par Irène et Talia. Originaire de Pavillons-sous-Bois, la jeune femme de 21 ans est en service civique, elle travaille avec les personnes âgées et dans le domaine de l’environnement. « En faisant les ateliers avec Makesense, ça m’a poussée à me demander ce que je pouvais faire dans le social. L’engagement social ou environnemental, ça touche tout le monde et je trouve que les gens devraient s’informer sur ces sujets », estime Allycia.
La jeunesse française est davantage intéressée par l’engagement environnemental ou social. Makesense a d’ailleurs publié une étude sur l’engagement environnemental des jeunes issus de milieux ruraux et/ou des quartiers prioritaires de la ville. Elle a été réalisée en 2023 auprès de 1 140 jeunes âgés de 18 à 30 ans. « Notre conviction est que les jeunes ont vraiment un rôle à jouer en ce qui concerne la transition écologique », défend Irène Colonna d’Istria. « Huit jeunes sur dix estiment que s’engager en faveur de l’environnement constitue un objectif désirable et atteignable », révèle l’étude Makesense.
Quand on n’est pas originaire d’une grande ville, ça peut être plus compliqué de trouver une association
L’engagement des jeunes se heurte à deux facteurs qui, d’après l’étude, sont source d’inégalités sociales et territoriales : le niveau de revenus et l’origine géographique. 58 % des personnes sondées estiment plus facile de s’engager pour l’environnement quand on vient d’une famille aisée. 4 jeunes sur 10 jugent que s’engager pour l’environnement est plus difficile pour les habitants des quartiers périphériques des grandes villes (47%) et des zones rurales (46%). Et enfin, 43% d’entre eux considèrent que c’est plus simple lorsque l’on grandit en centre-ville d’une grande agglomération. « Certains nous disaient qu’ils ne savaient pas qu’ils pouvaient s’engager sur leur territoire ou qu’ils ne connaissaient pas forcément les associations. La question de l’accès est centrale. Quand on n’est pas originaire d’une grande ville, ça peut être plus compliqué de trouver une association parce qu’il y a moins d’offres », indique Irène Colonna d’Istria.
Les actions individuelles privilégiées aux actions collectives
L’étude de Makesense met également en avant la manière dont la jeunesse française met en place ses initiatives engagées. 83 % des personnes interrogées estiment que les actions collectives ont plus d’impact que les actions individuelles, pourtant ce sont bel et bien les actions individuelles qui sont privilégiées par les jeunes Français. « Le discours dominant sur l’écologie est très porté sur les individus et la culpabilité individuelle, notamment le concept d’empreinte carbone », analyse Irène.
Certains militants privilégient tout de même les initiatives collectives, comme Faten, 19 ans, étudiante Bachelor Act à l’ESSEC Cergy. « Mon engagement est né du monde associatif, donc logiquement, je suis plus adepte des mouvements collectifs parce que je sens aussi que ça a plus d’impact et que ça permet d’attendre plus de monde. Je trouve que s’engager seule est très compliqué. Certes, on a une responsabilité individuelle, mais pour agir, je trouve ça plus cool d’être en collectif », glisse-t-elle au téléphone.
Lorsque l’on interroge certains jeunes de l’atelier, ils sont nombreux à dire qu’ils ne se retrouvent pas dans l’action militante telle que dépeinte par les médias traditionnels. « Par exemple, on a Féris Barkat, qui est le fondateur de Banlieue Climat ou encore Fatima Ouassak qui sont mis en avant par les médias. Mais je trouve que ce n’est pas suffisant. Quand je vais à des événements associatifs qui traitent de thématiques plutôt sociales il y a beaucoup plus de diversité dans le public. Mais quand je vais à des événements qui touchent à la cause du mouvement climatique et de la lutte environnementale, là , il y a une grosse différence et en fait, la salle est composée que de personnes blanches », déplore Faten. Un état de fait que ces jeunes œuvrent à faire changer.
Émeline Odi
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La jeunesse française manifeste un engagement croissant envers l’environnement, comme le montre l’initiative de Makesense et ses ateliers de sensibilisation. Bien que l’enthousiasme pour l’engagement Ă©cologique soit palpable, des inĂ©galitĂ©s sociales et territoriales freinent cette mobilisation. Les jeunes issus de milieux diffĂ©rents n’ont pas accès aux mĂŞmes opportunitĂ©s, ce qui engendre un dĂ©sĂ©quilibre dans leurs capacitĂ©s d’action.
Par ailleurs, malgrĂ© leur fort dĂ©sir de s’impliquer, il apparaĂ®t que les initiatives individuelles sont souvent privilĂ©giĂ©es par rapport aux actions collectives, mĂŞme si la majoritĂ© des jeunes reconnaissent l’importance de la mobilisation collective. Ce paradoxe souligne une culture de la culpabilitĂ© individuelle plutĂ´t que de l’entraide communautaire, laquelle pourrait dĂ©boucher sur des actions plus significatives.
Cependant, les voix de cette jeunesse engagĂ©e, comme celles de Faten et Allycia, tĂ©moignent d’une nouvelle gĂ©nĂ©ration qui aspire Ă changer les paradigmes en matière d’engagement environnemental. Ils souhaitent crĂ©er un Ă©lan nouveau oĂą la diversitĂ© et l’inclusivitĂ© priment dans les luttes Ă©cologiques. Ă€ travers leurs actions, ils Ĺ“uvrent non seulement pour leur avenir, mais aussi pour celui de notre planète.